Voici coment Félix Tshisekedi a repris la main

26 décembre 2020 à 08h22 - 126 vues

Longtemps pourtant, le président s’est contenté de saluer les « acquis » de cette alternance pacifique qui lui a permis d’arriver au pouvoir, minimisant autant que possible les tensions qui jalonnaient son quotidien. Il y a bien eu des alertes et des mises en garde entre les deux camps. Le FCC a agité à plusieurs reprises la menace d’une cohabitation et Félix Tshisekedi, celle d’une dissolution du Parlement. Mais aucun des deux partenaires n’était jusqu’à présent passé à l’acte.

Bilan sévère

Loin de l’optimisme affiché lors de son premier discours sur l’état de la nation, prononcé en 2019, le président congolais a dressé, en cette fin d’année 2020, un bilan sévère, allant jusqu’à attribuer la responsabilité exclusive de cet échec au FCC : « Les efforts que j’ai déployés, les sacrifices que j’ai consentis et les humiliations que j’ai tolérées n’ont pas suffi à faire fonctionner harmonieusement cette coalition », a-t-il lancé devant le Congrès, sous les hourras de ses partisans.

Pourquoi Félix Tshisekedi a-t-il franchi le pas ? « Il y a eu un déclic psychologique, il a avalé trop de couleuvres », assure l’un de ses proches. Dans son entourage, chacun y va de son analyse sur ce qui a constitué le point de non-retour. Pour l’un de ses conseillers, « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » a été l’entérinement surprise de la nomination de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) par l’Assemblée nationale, alors dirigée par Jeanine Mabunda (FCC). Pour un autre, c’est la polémique autour de la prestation de serment des nouveaux juges de la Cour constitutionnelle qui a achevé de le convaincre que l’heure était venue de tourner la page.

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Car depuis le début de son mandat, Félix Tshisekedi se heurte à une réalité. Contrairement à ses prédécesseurs, son parti n’est pas majoritaire au Parlement et il ne dispose pas de tous les pouvoirs. Par le biais de nominations surprises dans l’armée et dans la magistrature, il a bien tenté de reprendre la main, mais il a souvent dû batailler pour remporter des victoires.

Encouragé par certains de ses partenaires, dont les États-Unis, Félix Tshisekedi a donc franchi un pas important dans cette quête d’émancipation. Son choix a d’ailleurs été rapidement validé par un premier succès avec la chute, le 10 décembre, du bureau de l’Assemblée nationale, dirigé par Jeanine Mabunda, une proche de Joseph Kabila. Une destitution rendue possible par le fait que de nombreux députés FCC ont voté contre leur propre camp (plusieurs caciques de cette plateforme ont dénoncé un coup d’État institutionnel et évoqué la corruption de certains élus).

Comment faire partir son Premier ministre FCC?

L’objectif, pour le président, est désormais de confirmer cette nouvelle majorité avec l’élection d’un nouveau bureau à la chambre basse. S’il y parvient, Tshisekedi pourra alors accentuer la pression sur son Premier ministre FCC, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, qui a certes refusé de démissionner mais sera alors sous la menace d’une motion de censure de l’Assemblée. Dernier étage de la fusée : en cas de départ d’Ilunga, Tshisekedi s’éviterait la contrainte du contreseing qu’exige la Constitution pour nommer un informateur. Il pourrait aussi former plus librement son futur gouvernement.

“Félix Tshisekedi devra avancer avec précaution”

« Félix Tshisekedi obtiendra très certainement cette majorité, estime un député proche de Moïse Katumbi. La question sera surtout celle de la cohérence de ce nouvel attelage. »  De fait, même si la dynamique actuelle semble jouer en faveur de ce coup de billard à trois bandes, Félix Tshisekedi devra avancer avec précaution. Son objectif – clairement assumé par son entourage – est de briguer un second mandat en 2023. Or certains des nouveaux alliés qui le rejoignent pourraient être ses adversaires dans les urnes.

des nouveaux alliés prudents 

Moïse Katumbi, qui a officiellement lancé son parti Ensemble pour la République, est l’un d’eux, même s’il n’a pas encore levé le voile sur ses ambitions pour les prochaines élections. Entre l’ancien gouverneur du Katanga et le chef de l’État, les canaux de discussions n’ont jamais été bloqués. Mais l’incertitude politique actuelle encourage Moïse Katumbi a montré une certaine prudence dans son positionnement. S’il a encouragé la rupture avec Kabila et dit adhérer à « l’union sacrée » qui se forme autour du chef de l’État, il a aussi pris soin de réaffirmer son appartenance à l’opposition et de souligner que « le bilan en 2023 sera uniquement celui de Tshisekedi » .

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Autre poids lourd à avoir apporté son soutien à l’union sacrée, Jean-Pierre Bemba a, depuis plusieurs mois, choisi la discrétion. Comme Katumbi, il veut isoler Kabila. Empêché en 2018 de se présenter à la magistrature suprême en raison de sa condamnation par la Cour pénale internationale (CPI) pour subornation de témoin, le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC) est lui aussi en faveur des réformes. Mais bien qu’occupé à restructurer son parti, il n’a pas non plus donné d’indications sur ses intentions pour 2023.

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« Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi peuvent tous les deux nourrir des ambitions personnelles et il sera intéressant de voir jusqu’où ils seront prêts à s’investir à long terme dans un gouvernement d’union sacrée », résume un diplomate en poste à Kinshasa. « L’euphorie va vite passer. Qui peut croire la parole de quelqu’un qui a trahi ses partenaires autant de fois », tacle un proche de Joseph Kabila.

Entre Tshisekedi et ses nouveaux alliés venus d’un bout à l’autre de l’arène politique, l’heure est en tout cas aux grandes tractations autour des postes à pourvoir, à l’Assemblée ou au gouvernement. Le chef de l’État va devoir se montrer fin tacticien s’il veut harmoniser les positions de ses nouveaux partenaires tout en gardant un œil sur son ancien allié. Kabila a souvent été loué pour ses qualités de stratège. Face au démembrement de sa majorité et aux tensions au sein de sa plateforme, il a jusque-là privilégié le silence. Mais pour combien de temps encore ?

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